Constat

Les territoires ruraux sont encore trop souvent considérés comme des territoires que l’on exploite : réserves de foncier et de ressources — eau, énergie, alimentation — ou des paysages à consommer. Réduis à des décors touristiques, traversés ou marqués par des infrastructures énergétiques et de transport, assignés à une agriculture toujours plus intensive, ils se retrouvent tour à tour convoités ou laissés de côté, rarement reconnus pour ce qu’ils sont : des lieux de vie, de travail et de projets.

Ce regard extérieur nourrit sentiment d’abandon: disparition des services publics, raréfaction des transports, déserts médicaux, précarité plus forte, dépendance contrainte à la voiture pourtant stigmatisée dans les discours. Beaucoup se sentent montrés du doigt, incompris, et mis à distance par un système fortement centralisé.

Pourtant, d’autres chemins s’ouvrent : des territoires ruraux qui reprennent place, qui inventent, qui coopèrent, et qui tissent avec les villes des liens capables de porter un avenir plus juste et plus vivant.


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Crédit photos : Marine Gautier et Pascal Meunier

Philosophie

La vallée du Salagou en porte l’histoire. Le barrage d’irrigation a transformé le territoire et vidé Celles de ses habitant·es, au nom d’un projet qui le dépassait. Ce geste a laissé une empreinte durable : celle d’un village dont l’existence même a été suspendue, et d’un territoire que l’on a regardé pour ce qu’il pouvait offrir, plutôt que pour ce qu’il était.

Aujourd’hui, de nouvelles tensions le traversent : attractivité touristique, villages devenus décors où l’on vient chercher du paysage, ou refuges temporaires face au stress urbain. Cette dynamique s’accompagne d’une gentrification rurale marquée : hausse des prix du foncier, multiplication des résidences secondaires, mise en concurrence de l’habitat à l’année et de l’habitat de loisir.

Celles s’inscrit dans ce constat. Le village ne cherche ni à se protéger du monde, ni à se mettre en vitrine. Il veut retrouver une place active dans une relation équilibrée entre villes et campagnes, et montrer qu’une ruralité vivante est possible : une ruralité où l’on vit, travaille et crée, en dialogue avec les autres territoires et attentif au vivant qui nous relie.


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Objectifs

- Soutenir des initiatives ancrées dans le territoire, non délocalisables et tournées vers le vivant.
- Encourager un village actif à l’année, où les habitant·es développent leurs activités sur place, en lien avec le territoire.
- Faire de Celles un espace de coopération : mutualisation d’outils, ateliers partagés, chantiers communs, entraide entre métiers et habitant·es.
- Renforcer la mixité habitat–activité comme alternative au zonage, et préserver un village où l’on peut vivre, créer et travailler dans un même lieu.
- Inscrire le projet dans une trajectoire de sobriété foncière et de transition écologique, où le bâti, les usages et le paysage sont pensés ensemble.
- Constituer un village capable d’inspirer d’autres territoires, en ouvrant des manières nouvelles d’habiter, de produire et de vivre ensemble.

Les Accords du Cébérou

À la fin des années 1960, la commune de Celles a été vidée de ses habitant·es en vue de la réalisation du lac du Salagou. Après l’expropriation des dernier·es Cellois·es, le bourg principal a finalement été épargné de la montée des eaux. Depuis, les habitant·es luttent pour sa réhabilitation.

Le projet à très long terme de reconstruction et de repeuplement est une proposition inédite de gestion non spéculative autour du foncier, de l'habitat, du travail et d’une volonté écologique forte de respect du vivant. Au sein d’une zone rurale à forte pression foncière et touristique, les spécificités géographiques, économiques et politiques de Celles en font un espace très attractif. Nous voulons un village qui donne à ses habitant·es la possibilité d’habiter et de travailler à l’année sur la commune.

Pour ce faire, nous nous engageons à respecter les 6 principes suivants :
Non-spéculation
Nous ne voulons pas de spéculation. Dans le bourg de Celles, il n’y aura que des propriétés d’usage et aucune vente de biens immobiliers.
Habitat à l’année
Nous voulons que l’ensemble des habitations soit des résidences principales occupées à l’année et qu’elles conservent cette vocation.
Mixité de la population
Nous voulons un village qui favorise la mixité sociale, intergénérationnelle et culturelle.
Un commerce unique
Nous voulons un lieu unique ouvert à un commerce non lucratif et dont l’organisation soit réglée collectivement par les habitants.
Un dynamisme économique
Nous voulons un village vivant qui se refonde sur l’installation d’activités économiques à l’année. Chaque réhabilitation de logement sera accompagnée de la création d’une activité professionnelle permanente et durable. Nous veillerons sur le long terme à maintenir une part significative d’actifs travaillant sur place au sein de la population ainsi qu’à garantir l’affectation d’une part importante de la surface bâtie auxdites activités. Les retombées économiques pourront bénéficier à l’ensemble du territoire du Salagou.
Accueil et vie locale
Nous voulons entretenir les rencontres, la convivialité et la réflexion hors de la simple consommation. Nous voulons rester accueillants et libres d’accès tout en préservant les habitant·es et le paysage.

Crédit photos : Marine Gautier et Pascal Meunier

Les premières maisons réhabilitées